Septembre en Or : Interview de Brigitte BRESSAC

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C’EST GRÂCE À LA LIGUE CONTRE LE CANCER (...) QUE NOUS AVONS PU DONNER DE L'ENVERGURE À CETTE RECHERCHE.

 

Nous sommes en plein Septembre en Or, mois dédié à la lutte contre les cancers pédiatriques. L'occasion de faire un focus sur de nombreux acteurs locaux. Aujourd'hui on ouvre le volet avec le Dr Brigitte BRESSAC, chercheuse financée par le Comité qui a notamment travaillé sur les cancers pédiatriques.

 

Bonjour Madame BRESSAC, pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

 

Je suis Docteur en Pharmacie, ancien interne des Hôpitaux de Paris, avec une thèse de science en génétique du cancer faite à Harvard Medical School à Boston et soutenue à Paris V. J’exerce des fonctions de Praticien spécialiste des Centres anticancéreux, en oncogénétique moléculaire.

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Nous identifions les patients à haut risque génétique d’avoir un cancer afin de permettre la mise en place de mesures de prévention et de dépistage précoce.  En parallèle, je suis affiliée à une équipe de recherche INSERM pour mes projets de recherche portant sur le mélanome cutané.

 

Le Comité 35 a financé votre projet de Recherche en 2019 intitulé « Identification de bases génétiques du mélanome de l’enfant » pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Les mélanomes de l’enfant sont des cancers très rares (une quinzaine par an en France), 1/3 environ seront fatals pour l’enfant. Comme ces cancers surviennent le plus souvent en dehors d’une histoire familiale de cancer, que l’incidence des mélanomes prépubertaires est stable, contrairement à celle des mélanomes de l’adolescent qui augmente, nous avons fait l’hypothèse que certains de ces mélanomes pourraient être dus à des anomalies (mutations) qui se produiraient soit dans un gamète parental, soit au cours du développement de l’enfant. Pour cela, nous recherchons des anomalies génétiques dans le sang de l’enfant, absent dans le sang des 2 parents (étude en Trio).

 

Nous sommes actuellement en plein mois de septembre en Or, mois dédié à la lutte contre les cancers de l’enfant ? Forcément cela fait écho à vos travaux ?

 

Tout à fait, notre projet vise à améliorer la compréhension des mécanismes de survenue du mélanome de l’enfant, ce qui peut déboucher plus tard sur des améliorations des traitements. Nous avons choisi de travailler sur ce cancer extrêmement rare car nous avons des arguments pour penser que nous allons aussi améliorer les connaissances sur les mécanismes mis en jeux lors des évolutions métastatiques, dans ce cancer mais peut-être dans d’autres types de cancers, de l’enfant et des adultes.

 

Quels moyens (techniques…) avez-vous utilisé pour développer vos études ?

 

Nous faisons des études histologiques, génétiques, bio-informatiques et fonctionnelles des mutants candidats dans des cellules humaines mais aussi chez l’embryon de poulet. Nous avons étudié à ce jour, environ 150 Trios dont 26 avec des tissus tumoraux disponibles. Les données des 20 derniers Trios sont attendues très bientôt. Au total, nous sommes 5 équipes d’hospitaliers, INSERM ou CNRS regroupant des expertises complémentaires, très mobilisées sur ce projet.

 

Quelles sont les conclusions que vous avez pu mettre en évidence ?

 

Nous avons sélectionné 26 mutations candidates, par une priorisation en fonction des prédictions que ces mutations altèrent un gène important dans les processus de tumorigénèse. Six mutations ciblant 4 gènes sont étudiées actuellement dans des cellules humaines et dans l’embryon de poulet. D’autres mutations sont en train d’être introduites dans des vecteurs pour mener des expériences ultérieures. Une analyse bioinformatique approfondie des tumeurs est en cours mais a déjà permis de détecter fréquemment une signature de l’exposition aux Ultra-Violets, même chez un enfant ayant eu un mélanome à 2 ans ! Les expériences sont très complexes et demandent du temps pour que les résultats soient solidement validés.

 

Avez-vous des perspectives d’évolution sur le sujet ?

 

Ce sujet a démarré dans les années 2000 grâce au Pr Marie-Françoise AVRIL, Dermatologue maintenant retraitée, qui a collecté les sangs des jeunes patients et de leurs parents. Puis, en 2015, le Centre National de Génotypage à Evry a fait les premiers séquençages d’exomes de 50 Trios, en assurant leur financement, merci à eux. Il nous a été très difficile d’obtenir des financements pour avancer ensuite car le projet était très exploratoire. Le Cancéropôle Île-de-France nous a donné une subvention sur un an, ce qui était utile mais clairement un temps trop court. C’est grâce à la Ligue contre le Cancer, son appel d’offre sur les cancers pédiatriques, les comités départementaux, les bénévoles et les donateurs, que nous avons pu donner de l’envergure à cette recherche fin 2019, merci à Tous ! La pandémie étant passée par là, le projet a été prolongé jusqu’en Juillet 2024. Mais si nos hypothèses de travail s’avèrent bonnes, ce projet peut remplir la carrière de quelques chercheurs pendant 30 ans !

 

A l’avenir, avez-vous de nouveaux projets d’études autour des cancers pédiatriques ?

 

Non, vu l’ampleur de ce projet, un seul me suffit !

 

Un grand merci à Brigitte BRESSAC pour ce temps de rencontre qui a pu mettre en lumière son travail de Recherche autour des cancers pédiatriques. D'autres rencontres animeront tout le mois de septembre. 

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